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Un coureur amateur en quête de sensations

Sébastien Cellier travaille dans l’informatique à Lyon, mais il est aussi passionné de course à pied. L’UTMB, il l’a terminé en 2022. Il nous a raconté son parcours et cette expérience hors du commun.

Revue de la Presse (RP) : Salut Sébastien. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ?

Sébastien Cellier (SC) : Oui bien sûr. Je suis Sébastien Cellier, je travaille dans le secteur de l’informatique. Mon poste et le travail que je fais nécessitent beaucoup d’heures de travail. C’est vraiment un job de bureau, rien à voir avec la course. J’ai 38 ans, je réside à Lyon et avec ma conjointe nous avons une petite fille en bas âge.

RP : Est-ce que tu fais de la course à pied depuis ton enfance ?

SC : J’ai toujours été passionné de sport : quand j’étais plus jeune j’ai fait beaucoup de sports de raquettes, comme le tennis de table, mais aussi du vélo, du judo… mais pas de course à pied. Et ensuite j’ai déménagé à Paris. Comme je venais d’entrer dans la vie active, c’était un autre rythme et plus compliqué d’avoir des entraînements en club. Mécaniquement, j’ai commencé à prendre beaucoup de poids.

Je me suis dit qu’il fallait alors trouver un sport facile, souple au niveau des horaires. Pour la course à pied, il faut seulement une paire de basket, un T-shirt et un short. Pas de contrainte horaire. Alors il y a 10 ans j’ai fait une première sortie à Paris, avec une paire de baskets trouvées dans un placard. C’était au Jardin des plantes. Le tour faisait 3 kilomètres. Je suis rentré à l’appartement et j’ai dit : plus jamais ça, j’ai cru que j’allais mourir ! C’était ça ma première expérience de la course…

RP : Et tu as pourtant tout de même continué…

SC : Oui. Je me suis dit qu’il fallait essayer de nouveau. Donc j’ai continué. Je m’y tenais de manière régulière, une à deux fois par semaine. On voit les évolutions très rapidement ! J’ai commencé à perdre du poids très vite et à évoluer. J’ai fait 3 km, puis 4, puis 5… J’ai vite progressé et c’est ça finalement qui m’a motivé. Je me suis dit : allez, je vais continuer, je serai en meilleure santé.

RP : Comment es-tu passé du petit jogging dans un parc à la compétition ?

SC : J’ai un esprit de compétition à la base. Le côté évolution, puis la compétition pour mesurer les progrès m’a plu. Au bout de 7 ou 8 mois d’entraînement, j’ai participé à ma première course officielle de 10 km. Et j’ai eu envie d’aller plus loin. Alors je me suis dit, pourquoi pas 20 ? Et pourquoi pas un semi-marathon ? Et pourquoi pas un marathon ? En trois ans, j’ai fait tous ces formats de course.

RP : Comment en es-tu arrivé au trail ?

SC : En regardant des vidéos. Je ne comprenais pas comment on pouvait faire le tour du Mont-Blanc en courant. Je ne pensais pas que c’était possible : déjà en marchant c’est dur, mais alors en alternant marche et course… Ce n’était pas encore très à la mode à l’époque. C’était un sport confidentiel. Alors j’ai testé, pour voir.

RP : Comment s’est passé ton premier trail ?

SC : C’était compliqué ! J’ai fait un trail de 80 km à Paris, l’ÉcoTrail. C’est un trail long, mais avec peu de dénivelé dans les collines autour de Paris. On arrive ensuite à la tour Eiffel.

RP : Est-ce que tu as une préférence entre la course sur route et le trail ?

SC : Le trail, ce n’est pas du tout comme la course à pied sur du plat. On ne fait pas les mêmes efforts, c’est très musculaire et ça ne fait pas appel aux mêmes facultés sportives. J’ai eu beaucoup moins mal après l’ÉcoTrail de 80 km qu’après mon marathon. En comparaison, vu qu’on court sur un terrain plus souple, je trouve que c’est beaucoup moins contraignant pour les genoux et les tendons. C’est ça qui m’a fait basculer : je prends plus de plaisir et j’ai moins de douleurs à terminer une course sur chemin qu’une course sur route.

Et puis il y a le côté nature que je préfère aussi. Entre courir dans une ville et courir en pleine nature, on est plus facilement seul dans la nature. Et les paysages évidemment n’ont rien à voir. Pendant les trails, on passe dans des endroits dans lesquels on ne serait sûrement jamais allé avant.

Et dans le trail, la mentalité est très différente de la compétition sur route, où l’esprit de compétition est plus fort, où on regarde tout le temps sa montre pour savoir son temps. Pendant un trail, c’est normal de passer du temps à marcher, à profiter du paysage. On se met pas la pression.

RP : L’UTMB, qu’est-ce que ça représentait pour toi ?

SC : Une course mythique, un défi sportif. Je me suis dit que ce serait vraiment un accomplissement de le faire. Je pense que tout le monde peut le faire, si évidemment on n’a pas de problèmes de santé. La partie mentale est presque aussi importante que la partie physique. L’aspect mental change tout à mon avis. Alors évidemment, il faut s’entraîner.

RP : Justement, comment t’es-tu entraîné pour l’UTMB ?

SC : Ça prend du temps, beaucoup de temps : une petite semaine c’est au moins 5 heures d’entraînement et une grosse semaine, il faut compter 25 heures. Ce sont des entraînements de tous types. De la course standard, du renforcement musculaire ou des sports croisés. Moi je fais beaucoup de vélo ou du squash pour m’entraîner à faire des fractionnés*.

RP : Est-ce que ça demande beaucoup d’organisation, une course comme l’UTMB ?

SC : Il y a beaucoup de ravitaillements communs, organisés par la course. Les personnes sont géniales, elles prennent du temps pour nous, la nuit au fin fond de la montagne… Pour l’UTMB j’ai des amis qui sont venus d’Ardèche et qui m’ont apporté mes affaires aux ravitos. Sincèrement, je trouve que ça change tout. Ça m’a aidé mentalement, ils m’ont donné un coup de boost. C’est génial d’arriver au ravitaillement et de ne pas avoir à chercher ses affaires de rechange, d’avoir des amis qui t’apportent ce dont tu as besoin. C’est un vrai confort. Mais sinon on peut préparer un sac d’allègement avec des affaires de rechange et de la nourriture et l’organisation l’apporte aux points de ravitaillement. C’est très bien organisé.

RP : Est-ce que tu peux nous raconter ta course ?

C’était en 2022 et j’ai terminé en 39 heures et 32 minutes. Ça s’est très bien passé : on peut s’attendre à quelque chose d’horrible mais c’est mythique. Bon j’ai eu un coup de mou au 70e kilomètre tout de même, après un col à Courmayeur. Je n’avais plus d’énergie. Je suis resté 45 minutes allongé dans l’herbe à l’ombre le temps de retrouver de l’énergie. J’ai bu, mangé, j’ai pris mon temps. Que je perde une heure ou deux… ce n’était pas grave. Je ne regardais pas ma montre. Le but c’était de finir honnêtement pour moi. À des moments j’ai pris le temps de réaliser ce que j’étais en train de faire. On court dans des environnements qui sont exceptionnels, alors autant en profiter. Et sinon le reste s’est hyper bien passé.

RP : Quand tu n’étais pas bien, est-ce que quelqu’un t’a aidé ?

SC : Ah oui, c’est très bienveillant comme sport. Les gens se parlent, s’arrêtent et prennent soin les uns des autres. C’est beau, c’est rassurant, c’est rare. Il y a beaucoup de solidarité dans le monde du sport mais à ce point, alors que c’est tout de même une compétition, c’est assez rare pour le souligner je trouve.

C’est l’avantage du trail. Certes, le sport se professionnalise de plus en plus mais ça reste quand même un sport principalement amateur. Il y a peu de sports où on peut être sur la même ligne de départ que les élites. Et les gens restent humbles : les pros s’échauffent avec les amateurs, on discute. C’est hyper sympa et très valorisant. C’est une super communauté, on y rencontre des gens passionnants. J’adore échanger avec les anciens du monde de l’ultra, ils ont plein de choses à nous apprendre.

RP : Plus de 170 km, c’est long. À quoi tu penses pendant la course ?

SC : (rires) Je débranche mon cerveau et fais du sport pour me faire plaisir. Le mouvement des jambes devient automatique, machinal. Je regarde autour de moi, je suis souvent dans la lune. Je pense à plein de trucs : au travail, à ma vie perso, aux trucs qui m’agacent. Ça me permet de relativiser parce que je suis dans un cadre magnifique à faire ce que j’aime et c’est vraiment un luxe. Et sur les passages plus techniques, je suis concentré sur le terrain évidemment.

RP : Quel est ton meilleur souvenir de la course ?

SC : Il y en a plusieurs ! L’arrivée évidemment mais aussi le départ. Il y a la légendaire musique qui résonne dans les rues de Chamonix, des milliers de coureurs, calmes, contents d’être là. J’avais les larmes aux yeux. Et ensuite la foule dans les rues de Chamonix. C’était indescriptible.

J’ai aussi vécu un moment marquant sur le Grand col Ferré, 70 km avant la fin. Il faisait très chaud, j’étais épuisé, je ne pensais pas y arriver. Mais en haut du col j’ai pris un moment et je me suis dit que j’allais terminer la course.

RP : Est-ce que tu as un conseil pour les gens qui souhaiteraient se lancer dans la course à pied ?

SC : Ne vous mettez pas de limites, faites vous plaisir. Il ne faut pas faire de la distance pour faire de la distance, il faut y trouver un intérêt. Et puis évidemment, il faut être conscient de sa capacité et y aller petit à petit pour ne pas se mettre en danger.

Propos recueillis par Morgane Turbé

*Intervalltraining

Bild: @Sébastien Cellier